Encore terrorisé et incapable de réfléchir, Samuel laissa passer la journée dans un souffle. Il ne dormit pas de la nuit et le lendemain, il était au pied du mur et faisait les cent pas. Ses pensées tournaient en rond et le temps continuait de défiler trop vite. Il avait beau retourner le problème dans tous les sens, il n’avait pas vraiment d’autre option que d’obéir, et d’obéir vite. Il devrait agir le soir même, en pleine nuit, avant que Kalvin ne s’occupe de lui. Tuer sa propre mère ne lui posait pas trop de problème sur le principe, Kalvin avait raison, elle était si vieille… En revanche, tuer n’était pas une chose que Sammy savait faire. Détourner, chaparder, escroquer, arnaquer, pourquoi pas, mais il ne faisait de mal à personne, il était incapable de prendre quelque chose de force ou d’être violent pour arriver à ses fins. La simple idée de ce qu’il allait devoir accomplir lui donnait la nausée. Mais il n’avait plus le choix.
Lorsque le ciel fût complètement noir et qu’il eut bu suffisamment pour se donner du courage, il se dirigea vers la maison en marchant aussi droit qu’il en était capable. À l’approche de la grille d’entrée, il s’arreta pour s’éclaircir les idées et observer la maison au loin. Tout était calme. Évidemment, les insectes s’accordaient de concert pour créer ce fond sonore infatigable qui, pour peu que vous y prêtiez attention, pouvait vous rendre fou. Un échantillon de lune discret tentait d’apporter un peu de clarté dans les ténèbres, sans succès. Une lampe à pétrole isolée au dessus de la porte d’entrée, était le seul repaire lumineux à des kilomètres à la ronde. Samuel se concentra sur ce point un instant, faisant de cette lueur son objectif absolu. Le terrain était vide et seul le vieil arbre près de la grille semblait se soucier de lui. Ses branches maigres se dessinaient en mains gigantesques et cadavériques, seulement balancées par les caprices d’un vent léger. La nuit faisait naître des traits difformes sur son écorce et, à force de le regarder, Samuel devinait des yeux menaçants ou des sourires torturés. Il se souvint alors comme dans son enfance, les ombres qui s’agitaient sur les murs de sa chambre la nuit, se transformaient en cauchemars vivants. Il se décida enfin à annihiler la distance qui le séparait de la maison, et de sa mère.

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