Il est dix heure du matin et je comate dans mon canapé. Le soleil tape directement sur les volets et je sens que d’ici peu, l’appartement sera un four. J’ai pas envie de bouger, mais je veux pas transpirer comme un cochon toute la journée. Je fini par me lever et je prends une douche glacée. Quand je ressors, la température a encore augmentée et je me dis qu’il est temps de sortir. J’embarque mon appareil photo en sachant qu’il me servira à rien.
Il est pas loin de onze heure quand je descend. Dehors c’est pire. Le soleil fait chauffer le bitume qui brille comme un putain de lac de pétrole. J’hésite à faire demi tour mais y’a un petit vent frais qui souffle, du coup je me dis que ça devrait être supportable. Je m’épate de ma propre volonté. Je sais pas trop où aller alors je me dirige vers le parc municipal à deux pâtés de maison de chez moi. Arrivé là, je me rends compte que je suis le seul barge à être dehors. J’ai croisé personne et le parc est désert. Je jette un œil au toboggan en métal sur son île de sable. Je vois des colonnes d’air chaud vaciller au dessus et je me demande si on peut faire cuir un œuf dessus. Sûrement.
Le parc est mal foutu et la seule allée qui le traverse est en plein soleil. Je coupe par les pelouses pour passer sous les arbres. Au loin je vois un couple qui se bécote. La fille est plutôt jolie alors je sors mon appareil et j’essaie de faire une photo romantique mais ça ressemble à rien. Le mec a passé sa main sous le t-shirt de la fille et elle l’empêche de trop bouger. Le mec me repère et me jette un regard mauvais alors je trace ma route. Je sors du parc et je suis en sueur. Mon appareil pèse une tonne et mes fringues commencent déjà à me coller. Ma petite balade me gonfle. Le bowling du coin est pas trop loin et je me dis que je serai mieux là-bas. Quand je passe les portes c’est le nirvana. La clim’ souffle à plein tube et on se croirait dans un frigo. Je me dis que je vais chopper la crève à coup sûr avec ses conneries. Dedans c’est aussi vide que dehors. La musique de merde qu’ils passent sert juste de bruit de fond au lieu de me péter les oreilles comme elle le fait d’habitude quand on vient le soir. Y’a qu’une famille de beauf sur la piste douze, toutes les autres sont vides. Y’a plein de verres vides avec des pailles fluos à leur table. Y’a aussi pas mal de bières. Le paternel assis comme un roi me regarde avec une intelligence bovine en sifflant sa bière puis engueule une de ses filles quand sa boule rebondi sur la piste toute luisante de cire neuve. La sœur de la gamine se met à pleurer et sa mère la traîne vers les toilettes. À l’accueil, la petite blonde qui gère les chaussures joue sur son téléphone portable en jetant des coups d’œil aux gorets qui balancent les boules n’importe comment. Au bar, un serveur avec des carreaux épais jongle avec des bouteilles d’entraînement en plastoc qui tombent à chaque fois qu’il les fait passer dans son dos et à chaque fois qu’il les ramassent, il vérifie si la petite blonde le matte. Elle en a visiblement rien à foutre.
Je commande un demi au serveur et ça à l’air de l’emmerder que je le coupe dans son entraînement. J’ai l’appoint mais je lui donne un billet juste pour le faire chier à me rendre ma monnaie. Je repère une banquette pour six d’où je peux tout voir. Au moment où je m’assoie y’a une nana qui passe les portes. Elle s’arrête là comme une cruche et regarde à droite à gauche. Elle a l’air un peu paumée mais elle est canon. Elle se décide à aller au bar et le jongleur lui fait non de la tête. Elle tire un peu la gueule et va s’assoir à une petite table pour deux. Elle arrête pas de tirer sa mini jupe vers ses genoux comme si tout le monde essayait de voir en dessous mais y’a personne d’intéressé. On peut pas dire qu’elle ait les jambes fines mais elles sont belles quand même. Elle a aussi fait péter le décolleté et c’est évident qu’elle est pas à l’aise. Le barman lui amène un truc à bulles vert avec une de ces pailles rose bonbon. Elle farfouille dans son sac pour payer et je vois bien qu’il profite de la vue pendant ce temps. Une fois qu’il est parti elle croise les jambes et commence à yoyoter sur son pied d’appui. J’aimerai pas être dans une salle d’attente avec elle. Enfin je sais pas. Je me prive pas pour la reluquer mais elle veut pas regarder vers moi. J’imagine environ dix milles scénarios pour la draguer mais y’en a sûrement aucun qui marcherait. Elle fini quand même par me regarder et je lui fais mon plus beau sourire et elle répond avec un sourire crispé. Je dois avoir l’air d’un pervers parce qu’elle regarde plus du tout dans ma direction. J’ai du la faire flipper. Elle demande l’heure au binoclard. Je suis vexé qu’elle m’ait pas demandé alors que je suis plus près. Je me dis qu’il faudrait que je me lance et tout mais je le sens pas. Je mâchonne la chaîne que j’ai autour du cou et sans savoir pourquoi je m’imagine sur une table d’autopsie pendant qu’un étudiant en médecine m’enlève ma chaîne et ma gourmette. Ça me fout un peu les boules alors je me décide à agir. Je me lève sans savoir ce que je vais lui dire quand un mec se pointe et l’embrasse dans le cou. Elle lui saute dans les bras et moi je fais style en continuant vers les toilettes. Je vais pisser et en me lavant les mains je me rince le visage avec de l’eau froide. Le miroir me dit que je ressemble à rien. Sur un mur des chiottes j’apprends que Jessica suce gratis si on l’appelle au numéro qu’est en dessous. Je décide que la fille du bowling s’appelle Jessica. En sortant des chiottes, je me rends compte que son mec c’est celui du parc qui en tripotait une autre tout à l’heure. Je quitte le bowling et la chaleur me cueille comme une fleur. J’ai la nausée. Cette journée est merdique alors je rentre chez moi sans passer par le parc et une fois à l’appart je vais vomir directement. Je rallume la télé et me vautre dans le canapé avec un gant de toilette humide sur le front. À la télé y’a des ninjas qui se font des parcours militaires dans la boue. Ouais, c’est sûrement elle Jessica.

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