Et maintenant ?

  Jeudi dernier c’était mon dernier jour de travail. Maintenant je suis officiellement chômeur. Enfin d’ici lundi prochain après mon rendez-vous à pôle emploi. Si tout va bien, fin septembre je commencerai la formation pour le BEPECASER. Entre les deux j’aurai déménagé à 500km de là, vendu ma voiture, racheté une moto, une guitare et fini Diablo III avec toute les classes de personnage.
C’est mon premier jour de chômage et curieusement ça ne me fait rien. Je ne me sens pas plus libre, pas plus vide non plus. La glandouille me fait un peu peur dans le sens où j’ai peur d’y prendre goût. Il est si facile de ne rien faire, le moi d’il y a 10 ans ne le sait que trop. Mais je ne suis plus ce mec je crois. J’espère.

Qu’est-ce qu’on garde de cinq ans dans la même boite ? pas grand chose. J’ai appris à bosser du lundi au dimanche. J’ai compris que « travailler plus pour gagner plus » se traduisait en réalité par « travailler plus pour que ton patron te rende tes heures quand ça l’arrange » mais surtout pas en heures sup’. J’ai compris qu’on pouvait exercer un métier sans intérêt avec le sourire pour peu qu’on ait des collègues avec qui on s’entend bien. Qu’il vaut mieux s’engueuler de front avec eux pour aller boire une bière ensemble après le boulot.
Je sais qu’un SMIC c’est frustrant au possible. Tu peux pas dire que t’en chie vraiment, tu peux te loger, manger, boire un coups de temps en temps mais d’un autre côté tu es toujours limité par ce qui reste sur ton compte. Calculer dès le début du mois que tu n’auras droit qu’à 50€ de sortie/extra jusqu’au 31. Et encore mon loyer et mes charges n’engloutissaient que la moitié de mon salaire, j’imagine à peine ce que ça donne dans les régions où l’immobilier est en flamme. J’ai appris que j’avais un niveau d’anglais au dessus de la norme pour un mec qui s’est arrêté au bac ou plutôt que dans la majorité des cas, les français s’en foutent complètement de l’anglais, et ce même dans le milieu du tourisme. Ce que je trouve aberrant. J’ai appris que non, je n’aurais pas d’augmentation pour être le seul capable de répondre à un appel commençant par +44 ou +001 mais que c’était normal qu’on me refile systématiquement le téléphone dans ces cas précis.
J’ai appris qu’un américain moyen est capable de flinguer un embrayage sur moins de 500 mètres tellement ils sont habitués aux boites automatique. Que ces même américains sont également les plus crades de nos clients, rendant les voitures dans des états improbables malgré des périodes de location ultra-courte.
J’ai aussi constaté que les gens sont globalement fourbes, vous regardant droit dans les yeux pour vous mentir à propos du plein qu’ils ont refait y’a 5 minutes (vous remettrez 23 litres dans le réservoir par la suite) ou pire quand ils vous annoncent que « oui oui, tout s’est bien passé » et que vous découvrez le bas de caisse enfoncé sur 30cm avec des traces de peinture jaune toute fraîches incrustées dedans. Les clients les plus honnêtes sont souvent les plus modeste. Les plus aisés s’en foutent complètement puisque c’est leur société qui paye, ou l’assurance de leur carte Amex Black Infinite.
J’ai également développé une aversion certaines pour les connards en costumes fraîchement débarqués de Paris par le train de 8h00, qui te lancent leur carte de crédit en évitant de te parler et qui s’étonne qu’on leur demande leur permis de conduire pour une location de voiture. Ces même costumes/cravates qui te regardent de haut(quand tu as la chance qu’ils te regardent) parce que tu es un provincial au smic. Ces mecs invariablement pressés qui font semblant de ne pas t’entendre quand tu leurs parles et qui pour rien au monde ne raccrocheraient leur téléphone durant les cinq petites minutes que leurs réclament la saisie du contrat. Évidemment ils ne sont pas tous comme ça, mais c’est une majorité écrasante.
J’ai aussi compris que non, le client n’est pas Roi parce que le client peut aussi être un enculé de première qui prend un malin  plaisir à te casser les noix. On peut dire « va te faire foutre » à un client avec le sourire sans prononcer un mot. On peut se faire traiter comme de la merde mais au final c’est nous qui établissons la facture et qui connaissons notre job. Je sais maintenant que globalement un client c’est un gamin capricieux qui veut sa glace tout de suite sans payer avec supplément chocolat. On peut aussi être arrangeant avec les clients, question de comportement de départ.
Finalement j’ai appris plein de choses sur les humains que je savais déjà en fait. C’est juste plus criant dans les métiers de service. Mon boulot me manquera pas. Mes collègues un peu plus.

3 commentaires

  1. C’est courageux de ta part de recommencer quelque chose maintenant. Les 500 km j’aimerais les faire aussi (enfin j’imagine que du coup tu ne vas pas à Paris ? ^^), perso j’y vais petit à petit. Bon déménagement alors, et oui je confirme un SMIC c’est très frustrant !

  2. Je ne comprends pas comment tu peux vivre sans maîtriser un minimum l’anglais,c’est s’interdire à l’échange,la connaissance et la culture.
    Je ne sais pas comment je pourrais vivre dans des conditions pareilles et je n’ose pas imaginer tout ce que je louperais sans cette faculté qui ne nécessite quasiment aucun effort d’apprentissage.
    C’est quand même un bon point pour toi,ça te rend précieux et te donne un atout que les autres ne semblent pas avoir dans le monde professionnel, profites-en!
    C’

  3. Dawn> C’est pas du courage c’est la vie qui t’impose des choix. J’en ai marre de renoncer alors j’avance. Merci !
    Aleks> Voui ça m’effare aussi toujours. On en bouffe pendant 10-15 à l’école de l’anglais quand même, y’a moyen d’avoir le minimum vital. Entre les séries en VO, internet, la musique globalement anglophone, on baigne dedans. Je crois que le soucis vient du fait qu’il faut lire, que ce soit les sous titre ou les traduction. Les gens aiment pas lire d’une manière générale. Ça va de paire…

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